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Fact-checking - « Inquiétant taux de divorce à THIÈS » ? De fausses données rapportées dans deux articles du quotidien « le Témoin »


Capture d'écran article - Témoin quotidien - Seneplus / août 2019

Dans un article du quotidien « Le Témoin » en date du 22 Aout 2019, repris par le site d’information Seneplus, il est indiqué que « 300 cas de divorces ont été prononcés en 7 mois dans le département de Thiès ». « Du 9 janvier au 27 juillet 2019, 128 cas de divorce par consentement mutuel ont été prononcés au tribunal départemental de Thiès. Et du 9 juillet au 24 juillet, 150 cas de divorce par contentieux ont été notifiés », assure l’auteur de l’article qui attribue ces chiffres au tribunal ecclésiastique du diocèse et au tribunal départemental (actuel tribunal d’instance) de Thiès.

Dans un autre article publié à la même date et signé par le même auteur, il est rapporté une interview du Président de l’Union du Clergé Sénégalais, Abbé Aloyse Sène. Répondant à la question du journaliste - Combien de cas avez-vous enregistrés cette année ? – il révèle: « L’année dernière (2018), on a eu 38 cas. Cette année (2019), d’octobre à juin, on a 45 cas de séparation. »

Nous avons vérifié les données rapportées dans les deux articles auprès des tribunaux cités, mais aucun des deux n’a validé les chiffres qui leur sont attribués. De plus, il est impossible de prouver que le taux de divorce à Thiès a été « en hausse » ou « en constante évolution » comme affirmé par l’auteur de l’article.

Dès les premières lignes de l’article titré « INQUIÉTANT TAUX DE DIVORCE À THIÈS », l’auteur indique que « dans la ville aux-deux-gares, les ménages qui se déchirent devant le juge des familles se comptent par centaines ».

« Au tribunal départemental de Thiès où on note en moyenne 60 divorces par mois tout comme au tribunal ecclésiastique du Diocèse de Thiès, les couples s’y bousculent pour se séparer au motif de multiples causes liées à l’incompatibilité d’humeur, la stérilité, l’abandon de la famille, les violences et sévices conjugales, le défaut d’entretien entre autres », assure l’auteur de l’article, Cheikh CAMARA, Correspondant permanent à Thiès de « le Témoin Quotidien ».

Des erreurs dans son décompte des cas

Dans l’article le journaliste fait savoir qu’au tribunal départemental (actuel tribunal d’instance)  on note « en moyenne  60 divorces par mois » et « 300 cas de divorces en 7 mois » (intervalle janvier- juillet 2019). Or si on suit la logique du calcul (60 divorces par mois), on devrait avoir exactement 420 cas de divorces durant les 7 mois, soit 120 cas de plus que le nombre qu’il a donné (300).

De plus, le cumul des chiffres qu’il a donné ne fait pas 300 cas de divorces. En effet, l’auteur de l’article indique que « du 9 janvier au 27 juillet 2019, 128 cas de divorce par consentement mutuel ont été prononcés au tribunal départemental de Thiès. Et du 9 juillet au 24 juillet, 150 cas de divorce par contentieux ont été notifiés ». Mais l’addition de ces deux chiffres donne  278 cas divorces au lieu de 300.

D’où tire-t-il ses informations ?

Nous avons contacté, le 6 juin 2020, le signataire de l’article Cheikh Camara journaliste au quotidien « le témoin ». Il nous a assuré ne pas être l’auteur des recherches et n’a pas pris le temps de vérifier les informations. Il nous a référé à un autre confrère Masserigne Gueye, journaliste au quotidien l’Observateur,  qui lui a donné le brouillon des deux articles.

Contacté le 7 juin 2020,  ce dernier nous a affirmé qu’ « à la base l’article  était destiné à être publié par son journal (l’Observateur) mais ils se sont rétractés à la dernière minute (pour des raisons  qu’il n’a pas souhaité nous indiquer) ».
Pour ce qui des chiffres et des données avancés dans le papier, il affirme qu’ « ils sont exacts et disponibles au niveau des tribunaux cités ».


Que disent les tribunaux ?


Nous nous sommes rendus au  tribunal  d’instance de Thiès où nous avons rencontré le président du tribunal Khalifa Babacar Sy Sow. Il nous informe qu’ « il n’y a pas, dans les tribunaux, de statistiques consacrées spécialement au taux de divorces. »
« Il faut comprendre  que le taux de divorce n’est pas une science exacte. Il n'est pas en constante augmentation dans la région. Cela varie dans le temps.  Il arrive des mois où effectivement le tribunal fait instruction de beaucoup de dossiers et prononce donc un certain nombre de divorces. Mais aussi, il y a  des mois où il y a peu ou aucun dossier de divorces à constater », nous explique-t-il.

Nous nous sommes néanmoins rapprochés du greffier en Chef Momar Fall qui juge «faramineux » les chiffres donnés dans l’article. Il nous a fourni les données répertoriées dans le registre du tribunal. (Voir tableau ci-dessous).

Mois
Nbres de divorces
Janvier
30
Février
37
Mars
39
Avril
41
Mai
43
Juin
20
Juillet
38

Source 
: Greffier en chef au niveau du tribunal  d’instance de Thiès

(  Le greffier en chef Momar Fall calcule les chiffres)

Sur le tableau  ci-dessus on voit bien que le nombre de divorce n’a même pas atteint la cinquantaine par mois. Et  l’évolution n’est pas constante comme l’indique l’auteur de l’article.
Durant cette période de 7 mois (intervalle 9 juillet – 24 juillet 2019), le tribunal a enregistré dans son registre un total de 248 cas de divorces.
Nous précisons que ce total inclut les divorces résultant du consentement mutuel des époux constatés par le juge et les divorces résultant d’une décision judiciaire prononçant la dissolution du mariage à la demande de l’un des époux (divorce par contentieux). En effet, le greffier en chef ne nous a fourni que les registres où il est quotidiennement répertorié le nombre de divorces prononcé par mois, jour et semaine.
D’après le juge Babacar sy sow pour avoir accès aux chiffres détaillés concernant les divorces prononcés (divorce par consentement mutuel et divorce par contentieux) il faut expressément l’autorisation du garde des sceaux.

Capture d'écran d'article -Témoin quotidien- 22 août 2019

Les explications du tribunal ecclésiastique de Thiès

Dans l’autre article  publié le même jour et signé par le même journaliste, il est rapporté une déclaration d’interview de l'abbé Aloyse Malick Sène, vicaire judiciaire du tribunal interdiocésain de Thiès et président de l'union du clergé qui affirme (selon l’article) : « Les cas augmentent. L’année dernière (2018), on a eu 38 cas. Cette année (2019), d’octobre à juin, on a 45 cas de séparation. »


Mais, L'abbé Aloyse Malick Sène qui nous a reçus dans son bureau au niveau du diocèse de Thiès, le 17 juin réfute ces chiffres mentionnés dans l’article. Il nous  assure  qu’ « il n’a jamais évoqué ces chiffres durant son interview avec le journaliste ». Il juge qu’il s’agit là d’ « une faute grave du journaliste ».

Contrairement aux chiffres de l’article, il assure qu’« en 2018, il n’y a eu que 5 déclarations de nullité de mariage. Et en 2019, 13 déclarations de nullité ont été répertoriées par le tribunal ecclésiastique de Thiès ».

Il nous explique que « dans le droit de l’église il n’y pas de divorce. Mais Il y a ce qu’on appelle la déclaration de nullité de mariages qui se fait sous certaines conditions ».

Il précise aussi que « le tribunal ecclésiastique du diocèse de Thiès  est une institution instituée par l’église qui polarise tous les diocèses du Sénégal et le diocèse de la Mauritanie. C’est une institution internationale


Conclusion
Un article du quotidien le Témoin en date du 22 Aout 2019, repris par le site d’information Seneplus, donnait l’information selon laquelle le taux de divorce est inquiétant dans la ville de Thiès. Il fait savoir que le tribunal départemental (tribunal d’instance) note « en moyenne 60 divorces par mois » et « 300 cas de divorces ont été recensés en 7 mois ».
« Du 9 janvier au 27 juillet 2019, 128 cas de divorce par consentement mutuel ont été prononcés au tribunal départemental de Thiès. Et du 9 juillet au 24 juillet, 150 cas de divorces par contentieux ont été notifiés », indique l’article titré « INQUIÉTANT TAUX DE DIVORCE À THIÈS ».
Puis dans l’autre article  publié le même jour et signé par le même journaliste, il est rapporté une déclaration d’interview de L'abbé Aloyse Malick Sène, vicaire judiciaire du tribunal interdiocésain de Thiès et président de l'union du clergé qui affirme (selon l’article) : « Les cas augmentent. L’année dernière (2018), on a eu 38 cas. Cette année (2019), d’octobre à juin, on a 45 cas de séparation. »
Apres vérification,  nous avons relevé des erreurs dans le calcul des chiffres donnés dans le premier article. Car si la moyenne de divorces est de 60 par mois, on devrait on devrait avoir exactement 420 cas de divorces durant les 7 mois au lieu de 300 cas rapportés par l’article. L’addition des chiffres donnés pour l’intervalle des 7 mois (du 9 janvier au 24 juillet 2019) fait état de 278 cas divorces au lieu de 300.

De plus, aucun des deux tribunaux cités par l’article n’a validé les chiffres qui leur sont attribués.  Durant la période du 9 juillet au 24 juillet 2019, le tribunal  d’instance de Thiès a enregistré dans son registre un total de 248 cas de divorces.
Et au niveau du tribunal ecclésiastique de Thiès, « 05 cas de déclarations de nullités ont été enregistrées durant l’année 2018 et 13 cas durant l’année 2019 ».
Ces chiffres sont bien inférieurs à ceux rapportés par l’auteur des articles.

Commentaires

  1. le jounalisteà commis une faute grave comme la si bien dit l'abbé et trois faits l'attestent
    -le juge qui affirme que l'on ne peut accedére au données du taux de divorce que l'autorisation du gardien des sceaux, ce que bien évidement le journaliste n'a pas ça obtenu.
    Et le juge lui même affirme que le le taux de divorce dans la cité du rail n'est pas en constante augmentation ,contrairement à ce que dit le que dit l'article
    - le greffier en chef qui donne des chiffres qui ne sont pas en conformité avec ceux donnés dans l'article
    - en fin l'abbé qui donne le nombre exact de nullités de mariages prononcées et qui affirme ne jamais avoir mentionné ce nombre durant son interview avec le journaliste
    la question digne d'être posée reste la suivante:
    si les données mentionnées dans l'article ne sont en conformité avec aucunes des données montrées par les organes susmentionnés,d'où est ce qu'elles peuvent bien provenir??

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